Apnée : Première régionale à la clinique Saint-Augustin de Bordeaux

Un patient souffrant d’apnée du sommeil, en échec thérapeutique, a été opéré de la langue. L’opération a eu lieu samedi 23 mai, à la clinique Saint-Augustin de Bordeaux. Un homme d’une cinquantaine d’années, souffrant d’apnée sévère du sommeil, a été placé entre les mains du docteur Pierre-Manuel Renard, oto-rhino-laryngologiste (ORL), et entre les pattes du robot Vinci.

© Sud-Ouest – 01 juin 2015 – Isabelle Castéra – Le mini-bistouri du robot, manipulé à distance par le chirurgien, a réduit le volume de la base de la langue du patient, responsable de l’obstruction provoquant l’apnée nocturne. Une première en Aquitaine. Le patient va bien, il a quitté la clinique. Ses nuits ne sont plus un danger. Le syndrome de l’apnée du sommeil est un trouble qui se traduit par l’arrêt respiratoire qui affecte la qualité de vie et peut même, dans certains cas graves, être mortel. 5 % de la population en souffre. Sachant que ce trouble est responsable d’hypertension ou de troubles cardiaques, la prise en charge médicale s’impose et de nouvelles thérapies débarquent sur la scène hospitalière.

« Opération pas anodine »

A ce jour, deux méthodes thérapeutiques font autorité, incontestables. D’une part, la ventilation nocturne en pression positive, avec le port d’un masque. C’est le traitement de référence. « Tous les patients ne supportent pas le masque, c’est invasif et la tolérance est aléatoire. Mais indiscutablement, ce traitement est satisfaisant », commente le docteur Renard.

L’autre traitement est l’orthèse d’avancée mandibulaire, soit une prothèse buccale à placer dans la bouche le soir au coucher, qui libère le passage de l’air, en arrière de la base de la langue. « Très bien aussi, note le médecin, lorsque le patient tolère la prothèse. Il faut avoir les dents saines et savoir que ce système tire sur les articulations de la mâchoire. Certains le supportent très bien, pas tous. »

Justement. Dans le cas d’échec thérapeutiques, sous condition d’un état de santé correct, le patient sans solution dispose désormais en Aquitaine d’une nouvelle alternative médicale : l’opération de la langue. Le docteur Pierre-Manuel Renard a suivi une formation en Italie, où un professeur a initié cette technique que l’on pratique désormais à Paris, à l’hôpital américain et à la clinique Saint-Augustin de Bordeaux.

La première intervention s’est bien déroulée, remarque le médecin bordelais. Il faut savoir que pendant l’apnée, la base de la langue chute en arrière, en raison d’un relâchement musculaire, ce qui obstrue le passage de l’air et provoque l’apnée. En réduisant l’extrémité de la langue, on libère le passage. L’ORL poursuit : « Cette opération n’est pas anodine : il y a des douleurs postopératoires, à l’instar d’une ablation des amygdales. Il faut que ça cicatrise, puis attendre avant de se réalimenter normalement. La méthode ne peut en aucun cas s’adresser à tous les patients. Il s’agit d’une alternative. La chirurgie ne doit être envisagée qu’en dernier recours. »

Un pacemaker anti-apnées

Les causes de l’apnée du sommeil sont différentes selon les personnes qui en souffrent. La plupart du temps, elle apparaît s’il y a une obstruction des voies aériennes, nez, bouche, pharynx, larynx.

Une autre pratique thérapeutique a été innovante à Bordeaux pour traiter cette pathologie. Le docteur Pierre-Jean Monteyol a réalisé une des premières implantations de pacemaker anti-apnée du sommeil en 2012, fruit d’une collaboration public-privé entre la clinique du sommeil du CHU, dirigée par le professeur Philip, et la clinique du Tondu.

Le dispositif comporte un petit pacemaker mis en place sous la clavicule pour stimuler le nerf de la langue, pour qu’elle puisse, durant le sommeil se projeter légèrement en avant au moment de l’inspiration et ainsi empêcher l’apnée. Il est est relié par des fils conducteurs à deux électrodes : l’une située sous la peau, au niveau du cou, au contact du nerf de la langue ; l’autre implantée au niveau du thorax, entre deux côtes. (Isabelle Castéra)

© Sud-Ouest – 01 juin 2015 – Isabelle Castéra – www.sudouest.fr